De l’importance de voyager en enfance

Je posai les pieds au Maroc pour la première fois en septembre. Je foulai enfin les terres africaines qui m’avaient fait si souvent rêver.

A aucun moment, j’aurais pu me douter de ce que j’allais vivre.

Un an au Maroc. Un an durant lequel, je l’avoue, j’ai énormément appris. Bien plus que tout ce que l’on peut lire dans les livres, ou entendre dans les salles de classe, j’ai appris à travers les autres, au fil des rencontres et des discussions. J’ai parlé de musique dans un café de Rabat. Je me suis promenée avec un Casaoui qui me faisait découvrir sa ville. J’ai débattu de sujets politiques avec des nomades dans le désert, à l’ombre des arbres autour de verres de thé. J’ai appris l’histoire du Sénégal et discuté des conséquences de la colonisation avec des Gambiens qui cherchaient à partir en Europe. J’ai essayé d’apprendre le nom des constellations, allongée dans un champ, la tête dans les étoiles. J’avais l’impression de vivre à mille à l’heure.

Oui, j’ai beaucoup appris. Mais je suis aussi retombée en enfance. Imaginez-vous le monde quand vous aviez un ou deux ans. Que vous ne saviez ni lire, ni écrire, ni vous diriger comme un grand à travers la ville. Voilà mon impression au cours de cette année. Un retour dans le passé. Combien d’heures ai-je passé à essayer de déchiffrer les panneaux sur la route, la carte des restaurants ou même les inscriptions sur les bouteilles d’eau ? Combien de fois ai-je essayé de parler arabe, en cherchant mes mots ou en me faisant comprendre avec des gestes ? Combien de fois ai-je demandé mon chemin ? Voilà, il faut tout reprendre, tout reprendre à zéro.

Mais retomber en enfance, c’est aussi porter un regard émerveillé sur le monde qui nous entoure et avoir un œil nouveau sur tout ce qu’il nous arrive. J’ai lu un jour une histoire : demandez à un adulte de dessiner, il répondra qu’il ne sait pas. Demandez à un enfant de le faire et il vous racontera des histoires incroyables. Voyager, c’est cela. C’est s’étonner à chaque fois que l’on croise un dromadaire qui prend l’air à travers la vitre d’une voiture (véritable dans le sud), pleurer devant un coucher de soleil aux sons de l’appel à la prière,  courir en faisant l’avion au milieu des dunes, ou prendre plaisir à se perdre, n’ayant d’autre possibilité que de faire confiance à la personne qui nous guide par la main.

Au Maroc, et durant mes voyages, j’ai appris à remettre en question ce que j’avais appris, et mes habitudes. Tout ce qui me semblait acquis ne l’était plus forcément. J’ai appris à me remettre en question. Toutes les petites choses du quotidien devenaient une épreuve. Posez-vous des questions : comment se doucher sans eau courante ni eau chaude ? Comment préparer à manger sans gaz ni électricité ? Comment se réchauffer sans chauffage ? Comment se déplacer sans voiture ? Et quelles sont les choses nécessaires pour vivre?

Et c’est là où l’ami vous tend la main, vous aide, vous explique et vous guide. Il est difficile de suivre quelqu’un lorsqu’on ne le connaît pas. Mais l’une des choses les plus importantes que j’ai appris cette année, c’est de faire confiance aux gens. Il est normal d’avoir peur. Mais j’aimerai pouvoir dire que très peu de personnes vous veulent du mal. Au cours de ces dix mois, un grand nombre de mes principes occidentaux et de mes idées héritées de la colonisation a été remis en cause. Oui il est possible d’être heureux avec peu de choses, et avoir d’autres buts dans la vie que de chercher à accumuler toujours plus. Du moins, je l’ai été.

Enfin, j’ai seulement cherché l’amour, et suis retournée en enfance.

Marie Mathieu

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