LIOUMNESS : WELCOME BACKKKKKKKKK

‘Lioum’, c’est aujourd’hui en arabe. ’Ness’, c’est les gens. ‘Ness lioum’, ce sont les gens d’aujourd’hui. Et Lioumness, c’est un petit trésor créatif et alternatif dans le paysage culturel du monde arabe. Après une (trop) longue pause, le webzine marocain promet de revenir bientôt nous en mettre plein les pupilles, le cœur et l’esprit… Car oui, Lioumness est un cocktail ô combien surprenant et rafraîchissant d’idées, d’esthétisme, d’énergie créative et, surtout, d’humanité. Chama Tahiri, pétillante et passionnée, nous en dit plus sur cette belle aventure, tout à la fois tournée vers l’avenir et résolument éprise du présent : WELCOME BACK. 

 

 

Vin rouge et corne de gazelle : Parle nous un peu de toi et de ton parcours…

Chama Tahiri : Née à Casablanca d’un père marocain et d’une mère française d’origine espagnole, j’ai eu un parcours assez classique au départ : Lyautey, prépa, grande école de commerce. J’étais initialement prédestinée à faire un cursus dans les RH, en même temps je me suis spécialisée en Economie Sociale et Solidaire, et passionnée pour la vie associative en école, particulièrement dans le secteur culturel. C’est là que tout a basculé finalement et que j’ai réalisé que j’avais besoin de trouver et de créer du sens, de la valeur. C’est aussi là que j’ai rencontré Rime, mon associée (et accessoirement amie – rires) et qu’on a créé le tumblr Lioumness, en échange à Pékin. Aujourd’hui en tant qu’entrepreneuse, mon projet professionnel est devenu mon projet de vie. Je suis donc rentrée au Maroc il y a un an et demi, juste après avoir obtenu mon diplôme pour développer Lioumness et me lancer pleinement dans l’aventure, qui n’était encore que virtuelle à l’époque.

Côté perso, en dehors de mon intérêt pour la création contemporaine et ses enjeux dans le monde arabe, je me passionne pour la nouvelle scène musicale, de l’indé, à la new soul, en passant par la pop à l’électro. Je n’hésite à planifier mes voyages en fonction de certains concerts et festivals quand j’en ai l’opportunité. Le reste du temps je suis une fille assez banale qui aime la mode, le cinéma, la bonne cuisine et les chats.

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Chama et Rime © Fabrice Vrigny

Quel est le concept de Lioumness ?

Depuis sa création en Novembre 2012, Lioumness est un web magazine culturel qui s’intéresse à la nouvelle scène créative contemporaine du monde arabe. Nous sommes partis du constat qu’il se passait plein de choses, à commencer par le Maroc, mais que ce n’était pas suffisamment valorisé et qu’on avait très difficilement accès l’information. Alors on a décidé de consacrer une plateforme en ligne pour les « Ness Lioum » ces gens d’aujourd’hui qui créent et qui innovent. Nous n’avons pas pour vocation d’être exhaustifs ni d’avoir une démarche journalistique. Nous délivrons un parti pris, une sélection de coups de cœur et de rencontres avec des artistes, photographes, plasticien(ne)s, militant(e)s, entrepreneur(se)s et autres porteurs d’idées dont nous avons envie d’encourager les projets en posant les mots justes et en créant de nouvelles synergies.

Mais nous avons toujours vu Lioumness comme un projet culturel global et déclinable. Notre ambition sur le long terme est de matérialiser notre travail dans un espace dédié à la création, à l’échange et aux débats d’idées. Aujourd’hui, nous avons développé une dimension branding et conseil en communication qui nous permet d’avoir un business model et d’envisager l’avenir. Nous restons bien entendu spécialisés dans les industries culturelles et créatives et veillons à bien séparer nos différentes activités afin que le webzine reste indépendant.

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Lioumness est actuellement en pause… Quand et comment nous reviendra-t-il ?

Nous revenons très prochainement après une refonte totale, avec identité plus affirmée, une réflexion encore plus poussée et une approche plus développée. Nous aurons un site agence dédié et une nouvelle formule pour le webzine, qui sera bientôt adossé à une association à but non lucratif pour développer plusieurs projets parallèles dans la même veine. La V3 du webzine replace les Ness Lioum encore plus au cœur du projet et proposera des nouvelles fonctionnalités et des nouvelles rubriques. A côté de ça, nous étendons notre champ d’intervention et touchons à de nouveaux domaines comme l’éducation et l’audiovisuel. On souhaite également commencer à sortir du virtuel plus régulièrement à partir de 2015 pour organiser des événements fédérateurs.

Nous parlions à The Souk de ce fantastique élan d’une jeunesse marocaine en quête de réappropriation de son identité culturelle… Quelle est ta vision ?

Je trouve ça fascinant et c’est principalement ce qui alimente notre projet et notre inspiration. Plus encore qu’une réappropriation, il y a une sorte de réconciliation avec notre identité culturelle, à la fois riche et complexe, ça vaut également pour la langue, l’histoire, et l’espace urbain. Le fait que la rue devienne un espace d’expression est très révélateur : le street-art, le street-style… C’était d’ailleurs un de mes premiers constats à mon retour : le style est dans la rue. De la même façon que l’art en général, il n’est plus le monopole de la bourgeoise des grandes villes. J’étais au Boulevard il y a quelques jours et la créativité dont font preuve les jeunes est impressionnante vu leurs moyens. Ca prouve aussi une grande ouverture sur le monde, catalysée par la réduction de la fracture numérique. Aujourd’hui tout le monde a accès à internet et la tendance de l’open source facilite l’accès à l’information et à la formation. Beaucoup sont autodidactes et utilisent internet très intelligemment pour s’exporter et palier aux lacunes du marché. Je pense à Joseph Ouechen avec son blog youarethestyle.com, à Mohcine Aoki aussi qui a acquis une certaine notoriété à l’international, ou à Younes Duret qui dès le départ a inscrit le web dans sa stratégie pour exister en tant que designer.

Après, il ne faut pas se leurrer non plus. Nous sommes les premiers à nous enthousiasmer de ce phénomène mais la réalité est que la vie culturelle au Maroc n’en demeure pas moins sous-développée au regard de sa richesse et de son potentiel créatif. Il y a un vrai problème au niveau de la production et les créateurs restent encore isolés car il n’existe pas de véritable écosystème ni de structures capables de fédérer et de répondre à leurs besoins. Le manque de financement et d’investissement est également flagrant mais on observe une certaine prise de conscience de la part de l’état et d’acteurs privés comme l’usine Mafoder ou le concept store en ligne Kahenas. La route est encore longue et donc pleine d’opportunités…! 😉

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Casablanca et toi… Une histoire d’amour ou une dispute perpétuelle ?

Grande histoire d’amour ! Je suis née et j’ai grandi à Casa et j’ai eu beau voyager, tomber amoureuse transie de Paris, je ne me suis jamais autant sentie à la maison qu’ici. Alors c’est vrai, c’est une grande ville assez chaotique mais je m’y identifie assez bien au fond. Elle est vivante, agitée, bruyante, tumultueuse mais finalement très passionnante et renferme tellement de possibilités. Depuis mon retour je me réapproprie complètement la rue, je n’ai plus peur de l’environnement et je m’aventure dans des quartiers que je ne connaissais pas du tout du temps du lycée. J’aime être indépendante et pouvoir circuler librement, c’est comme ça que je découvre des nouveaux coins et rencontre des nouvelles personnes quasiment toutes les semaines. Et puis j’adore observer les gens, les comportements, qui parfois me font rire, m’énervent, ou me surprennent le plus souvent. C’est une grande source d’inspiration. Après, avec ce genre de villes, il faut maintenir le rapport de force, sinon tu te fais bouffer, et je trouve ça hyper stimulant, c’est ce qui nous permet de rester alerte.

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